
"Monsieur le Président
Mes chers collègues,
2010 approche à grands pas mais les effets de la crise n’ont
pas reculé.
Le Gouvernement pourtant
répète à qui veut l’entendre que 2009 aura été l’année des éclaircies voire de la sortie de crise.
Si seulement. Oui, si seulement…
Car le bilan que nous pouvons dresser de la situation de l’emploi
seinomarin en cette fin d’année 2009 est en réalité bien sombre !
Dès les premiers mois de l’année, l’affaire était plutôt mal
engagée. Vous vous souvenez peut-être de ce chiffre affolant : entre janvier et février 2009, en seulement deux mois, les statistiques du chômage partiel dans notre département étaient
égales au chiffre cumulé des douze mois de l’année 2008 ! Et que constate-t-on aujourd’hui ? Que le chômage partiel continue de frapper. Comme à Renault-Sandouville, par exemple, où les
ouvriers – malgré le plan de départs massif qui leur fut imposé – ont chômé plusieurs semaines en octobre et en novembre et où ils chômeront encore plusieurs semaines entre décembre et janvier.
Bref, le chômage partiel est bien une réalité qui perdure…
Le chômage tout court perdure aussi ! J’ai comparé en
effet deux chiffres significatifs à l’échelle de la région : en novembre 2008, on recensait 67 590 demandeurs d’emploi ; en octobre 2009 – soit moins d’un an après – ils sont
désormais plus de 82 083. En 11 mois, leur nombre a ainsi crû de plus de 21%. Et les menaces sur les salariés continuent, y compris à Renault-Cléon où la direction laisse entendre que 800
salariés sont aujourd’hui en situation de « sureffectif ». Là encore, je crois qu’il n’y a donc vraiment pas de quoi se réjouir trop vite…
L’autosatisfaction du Gouvernement est à vrai dire tout à fait
mystérieuse, sinon mal placée. A moins que nous ne disposions de la preuve de l’efficacité de ses décisions… ?
Qu’en est-il exactement ? Qu’a décidé le
Gouvernement durant cette période ?
- D’abord, un bouclier fiscal maintenu coûte que coûte alors que l’Etat aurait
eu besoin de dégager des marges de manœuvre pour répondre à la crise et alors que la moralité et la solidarité auraient peut-être été les moindres des exigences en cette période d’immenses
difficultés économiques et sociales…
- Ensuite, un plan de relance dont le manque d’ambition fut souligné par tous
les observateurs économiques, y compris internationaux. Comment ce plan s’est-il traduit pour notre territoire ? Le Gouvernement a consenti à la Haute-Normandie une relance de 70 millions
d’euros, correspondant à la réactivation de crédits et de projets que le Gouvernement avait lui-même enterrés.
- Le Gouvernement début 2009 s’est en outre fendu de ce qu’il a appelé un plan
pour l’industrie automobile. Sauf qu’il a notamment décidé à cette occasion des mesures destinées essentiellement à la vente de véhicules de petit gabarit, dont la production a été massivement
délocalisée ces dernières années dans les pays à bas prix ! Cela fait donc une belle jambe pour nos usines et pour les sous-traitants, très nombreux, qui les accompagnent dans la production
et qui sont des victimes majeures de cette crise… La situation des salariés d’Autoliv, de Wagon Automotive, de Lear, de Timken à Maromme et de bien d’autres équipementiers et sous-traitants sont
quelques illustrations du triste sort réservé à ces acteurs pourtant essentiels de notre industrie et de notre économie.
- Enfin, à l’entendre, le Gouvernement a déclenché l’arme ultime : la
réforme des collectivités locales ! On se souvient encore du discours de Toulon, dans lequel le Président de la République prévenait que – pour résoudre la crise – il réformerait les
collectivités territoriales… Plus d’un an après, je dois dire que je ne parviens toujours pas à comprendre en quoi les collectivités locales seraient liées d’une quelconque façon à l’origine de
la crise alors qu’elles réalisent 73% de l’investissement public de notre pays. L’amalgame était tout à fait honteux et le demeure… Evidemment, responsables de la crise les collectivités ne le
sont pas ! Les collectivités, en réalité, sont les poumons sains de l’économie française ! Elles sont celles qui remplissent les carnets de commande des entreprises – du bâtiment public
comme des autres secteurs d’activité. Elles sont celles qui stimulent l’emploi. Elles sont celles, enfin, qui fournissent à nos territoires des infrastructures non seulement de qualité mais
également de compétitivité.
Sur ce sombre constat, vous me permettrez donc – Monsieur le Président,
mes chers collègues – de renouveler au sein de notre Assemblée l’expression de mes plus vives inquiétudes. 2009 non seulement ne fut pas l’année de la sortie de crise, contrairement à ce qu’on
essaie de nous faire croire. Mais à ce rythme, 2010 ne sera pas non plus une année d’espoir !
Le Département de Seine-Maritime, comme toutes les
collectivités locales, ne dispose pas de tous les leviers pour bâtir cette politique à la place du Gouvernement.
Pourtant, dès que nous en avons la possibilité, nous
intervenons pour aider les travailleurs Seinomarins. Rappelons ainsi que, dès décembre 2008 et sous votre impulsion Monsieur le Président, le Département de Seine-Maritime avait engagé la mise en
place d’un plan de soutien exceptionnel en direction des entreprises les plus en difficulté !
D’une façon générale, le Département de Seine-Maritime –
comme de nombreuses autres collectivités locales – assume pleinement ses responsabilités. Et ses responsabilités, quelles sont-elles ? Elles sont en matière de développement économique de
faire en sorte que la qualité de la vie et que la qualité des infrastructures sur notre territoire soit les plus élevées possible !
Toutes les entreprises – y compris étrangères – le
disent : leur décision d’investir dans un département plutôt que dans un autre dépend en grande partie de la qualité de l’action publique locale.
C’est pourquoi, en Seine-Maritime, nous avons tenu à faire de
l’éducation notre priorité des priorités. Une telle politique est en effet susceptible de donner sur le long terme un souffle plus fort à notre territoire.
C’est pourquoi également nous avons fait du réseau routier
départemental un réseau de qualité unanimement reconnue, y compris au niveau national. Car un tel réseau peut s’avérer particulièrement précieux pour une entreprise dont la difficulté d’accès
pourrait la convaincre de ne pas investir dans telle ou telle partie du territoire.
C’est pourquoi encore nous avons fait du développement
durable un objectif majeur, pour que la Seine-Maritime soit un territoire sur lequel il fait bon vivre et où des salariés auraient envie de venir travailler.
Aujourd’hui, le Gouvernement par sa réforme territoriale
briserait notre capacité d’action sur ces éléments majeurs de compétitivité, sans qu’ils soient véritablement remplacés. Cela, je le répète, les citoyens et les élus rassemblés ne doivent pas
l’accepter.
Je vous remercie. "